vendredi 25 février 2005

Jeunisme II

Exposition collective au FRAC Champagne Ardenne
Jeunisme II
avec Gilles Balmet, Nicolas Boulard, Sylvain Bourget, Benoît Broisat, Elie Cristiani, Julien Discrit, Julie Faure-Brac, Ariane Michel, Jean-Rémy Papleux, Mathieu Simon.

Du 25 février au 24 avril 2005

Commissaire: François Quintin


Le lac des morts
2005
installation, terre, métal, lait





Le lac des morts,
 2005
wall painting

Photo: André Morin






dimanche 13 février 2005

Texte d'Elisabeth Lebovici



Autour de Julie



  Dans la forêt de sapins. L’œil de la caméra suit quelqu’un qui court, une silhouette humaine, qui n’est pas vraiment équipée pour la marche dans un bois  inhospitalier : elle est en chemise, je crois. Il s’agit d’une course-poursuite, même si la caméra interrompt parfois son élan pour se fixer sur des trous dans le sol accidenté, baignés d’un liquide blanc et opaque. La chasse se fait vite haletante, alors que la silhouette poursuivie se dédouble. L’une porte cravate et l’autre, me semble-t-il, pas - mais tout s’accélère et Paf ! L’être en chemise s’étale de tout son long, tête la première dans l’un des trous blancs. Il reste là, le visage enfoui dans la mare presque opaline, d’une blancheur iridescente. L’œil de la caméra s’approche : une excroissance blanchâtre sort du liquide.
Selon Julie Faure-Brac, l’auteure de cette (assez burlesque) vidéo de 3 minutes quarante, « Mandragores (2002)  est la métaphore du coït ». Je suis étonnée de rencontrer une aussi jeune artiste (elle est née en 1981), qui s’exprime en des termes aussi frontaux, dans un monde où l’on ne parle plus guère que de prévention, ou plutôt d’absence de prévention ; et encore ! D’autant que cette jeune artiste réitère dans tous ses autres travaux. Elle affirme son goût pour Sade, pour Sacher-Masoch –y compris, bien sûr, le texte célèbre de Gilles Deleuze le « présentant », pour Georges Bataille.
Dans la révision qu’elle inflige à la représentation de l’Amour et Psyché (Psyché, 2004) ses deux protagonistes, (au masculin et au féminin) débattent de la pertinence érotique des mots ou au contraire, de la prééminence du rapprochement et du toucher. Mais leurs arguments sont articulés par des mots, qui nous relatent leur échange. Julie Faure-Brac sait déjà que l’érotisme existe dans la parole, qu’il est engendré par une parole « fabuleuse », « c’est à dire impossible : ou plus exactement, les impossibilités du référent sont tournées en possibilités du discours, les contraintes sont déplacées » (1). La fable, pour Julie Faure-Brac, sous forme de ses courtes pièces vidéo, de ses dessins ou ses installations, s’inscrit ainsi en faux contre le système réaliste de l’art. Ce réalisme construit une esthétique, qui « imite » le monde et l’offre de cette façon au jugement, qui peut alors glisser progressivement sur le terrain de la morale.
Si le château de Silling, dans lequel les quatre libertins des 120 journées de Sodome s’enferment avec leur sérail, se situe au plus profond de la Forêt Noire, c’est bien pour neutraliser toute interférence avec ce monde-là. Et c’est aussi dans une forêt, noire d’obscurité et solarisée de deux feux automobiles, que Julie Faure-Brac situe le lieu de son récit : « la forêt où je me suis pendue » (2004). Pendue, non perdue, vous avez bien lu. Son autarcie sociale rameute à la fois le spectre de la Mandragore (« quelque chose va sortir de toi, de ta posture fâcheuse, pendu…/ et tomber dans la plaie de la terre ce trou béant) et l’image fantomatique d’un monde où « je » ne suis plus, Plutôt que d’un témoignage, Julie Faure-Brac prenant congé de soi-même, manie la tradition littéraire d’un érotisme hétérosexuel peu traité aujourd’hui, où l’on débat plutôt de l’identité – du « genre --des êtres sexués et moins de leurs rapports. Et surtout pas de leur métamorphose, lieu des transmutations de matières en images.
C’est ce monde-là, fantastique, mythique, hors du temps et en dehors du monde (et pourtant ?) qu’évoque l’installation que projette Julie Faure-Brac pour le F.R.A.C. Champagne-Ardenne.  Dessinés en grand sur les murs, ses « Humanimaux », au corps sexué d’humain et à tête de sanglier vous fixent  les yeux dans les yeux. Les demi divinités baignent dans une mer de tranquillité et leur placidité s’oppose au tas de terre et de trous, qui représente l’effet du chaos et des déflagrations guerrières d’où restent quelques flaques blanches. C’est le tas des humains. Ici, leurs dépouilles se liquéfient. « Les hommes morts se transforment en lait, source de vie, explique Julie Faure-Brac, et sont recyclés par les humanimaux qui viennent les laper. Ainsi tout est en boucle», rajoute-t-elle. Il n’est pas anodin que dans cette cosmogonie, la vie passe par la langue.


  Elisabeth Lebovici


(1): Roland Barthes, Sade Fourier Loyola, 1971, Seuil, coll. »Points », 1980, p 41

mardi 1 février 2005

Catalogue Jeunisme II

JEUNISME 2
Le collège éditions / Amis du Frac Champagne-Ardenne, Reims
Textes de Ami Barak, Jean-Marc Chapoulie, Christophe Kihm, Elisabeth Lebovici, Michel Gouéry, Jean-Luc Nancy, Lucien Leroy, Marie-Anne Legris, Christian Globensky... 50 pages ill. coul.
Artistes: Gilles Balmet, Nicolas Boulard, Sylvain Bourget, Benoît Broisat, Elie Cristiani, Julien Discrit, Julie Faure-Brac, Ariane Michel, Jean-Rémy Papleux, Mathieu Simon.
Prix de vente : 10 euros