jeudi 10 mai 2007

Edition d'une gravure

En 2007, je suis invitée à proposer une exposition à la librairie "L'attente, l'oubli"  à St Dizier,
par François Larcelet et Katy Couprie.
Parallèlement à l'exposition, Katy Couprie me propose de produire une édition limitée d'une gravure.
Il s'agit d'un tirage à 10 exemplaires, sur papier BFK Rives.

L'homme ivre d'eau
2007
eau-forte, 15,8 x 22 cm

Prix public: 300 €

samedi 5 mai 2007

Monde Autre présentation

Exposition et Présentation du catalogue Monde Autre

à la galerie Eric Mircher, 26 rue St Claude, 75003 Paris

le 5 mai 2007

photographie: Charles Duprat

Monde Autre

Monde Autre,
catalogue monographique de 68 pages
édité par la galerie Eric Mircher


Disponible à la galerie Eric Mircher à Paris, à la librairie Larcelet de St Dizier, à la librairie Rimbaud de Charleville-Mézières, à la librairie Flammarion du Centre Pompidou à Paris.
Prix : 15 €


Voir mon site pour téléchargement

Graphisme du catalogue et de www.juliefaurebrac.com (2007) : Benoît Wimart.

mardi 1 mai 2007

Texte de Valérie Da Costa



Ailleurs



Le monde dans lequel nous vivons n’est pas propice aux rêves ou peut-être, paradoxalement, l’est-il car sa faible propension à l’évasion est un support idéal pour la quête d’un ailleurs. Le jeune travail de Julie Faure-Brac semble regarder de ce côté-là. Depuis environ trois années, l’artiste a mis en place un travail dessiné, sculpté et vidéo qui est tout entièrement tourné vers la nature et dans lequel elle développe très largement certains de ses archétypes : fertilité, abondance, sustentation. On y voit du lait couler des arbres, des corps (morts) se liquéfier et devenir des points d’eau, des figures qui sont à mi-chemin entre l’homme et l’animal et dont on ne sait trop si elles précèdent ou si elles suivent l’humain. Ce que l’on sait, c’est que ces êtres hybrides, au corps d’homme ou de femme et à tête de loup ou de sanglier, incarnent le cycle ininterrompu de la vie.
Dans ses dessins qu’ils soient à petites ou à grandes échelles, des eaux-fortes ou des wall drawings, ces figures hybrides sont représentées occupées à d’étranges situations : les mains ou la tête plongées dans l’eau d’une nature alpestre, vierge et pure où elles semblent venir se ressourcer. Etonnamment, quand elles ne sont pas saisies dans cet acte animal vital, elles regardent le spectateur et nous prennent à partie pour signifier l’état de leur métamorphose et de leur désormais très énigmatique existence encore humaine (?).
Ces Humanimaux, comme les nomme l’artiste, sont aussi le sujet de ses installations sculptées. Proches d’une esthétique hyperréaliste, ils sont envisagés grandeur nature, en plâtre, selon la technique du moulage avec laquelle l’artiste joue pour affirmer leur identité sexuelle.
Cet hybride convoqué est d’autant plus surprenant que Julie Faure-Brac renoue avec un langage absent de la création contemporaine, semblant ainsi poursuivre une généalogie de formes et de figures que les surréalistes, puis certains artistes des années cinquante, telle Germaine Richier, ont contribué à développer.
La métamorphose qui est à l’œuvre est une forme de continuité entre le naturel et le surnaturel, selon la notion antique de thaumata (« chose étonnante ») car il s’agit bien ici d’une rencontre entre le réel et l’imaginaire. Ces Humanimaux sont les esprits réincarnés des hommes morts de leurs violences, et la nature est là pour les protéger de leur destruction. On pense inévitablement à la quête utopiste de Jean Arp et Sophie Taeuber-Arp, qui pendant la Première Guerre mondiale, à Zürich, défendaient l’idée que seule la nature pouvait sauver l’homme de la folie de la guerre, et faisaient ainsi entrer dans leur répertoire formel des motifs organiques.
Les œuvres de Julie Faure-Brac s’intitulent Lape moi, Mate moi, des mots d’ordre ou invitations impératives qui soulignent la part sexuelle suggérée de manière omniprésente dans ses réalisations. D’autres, La rivière des morts ou Le lac des morts qui indiquent que ce travail regarde aussi du côté du symbolisme, des eaux troubles et noires de Böcklin et de son Ile des morts ou encore des visions nocturnes des peintures de Degouve de Nuncques. Une rencontre qui ne manquera pas de surprendre quand on sait que la jeune artiste affectionne la lecture de Sade, de Sacher-Masoch et de sa Vénus à la fourrure, soit la confrontation de mondes où les forces obscures expriment les pulsions du corps et de ses désirs. En exergue à son travail, elle aime citer cette phrase de Deleuze dans sa Présentation de Sacher-Masoch : « Il ne s’agit pas de croire le monde parfait, mais au contraire de « s’attacher des ailes », et de fuir ce monde dans le rêve. Il ne s’agit pas de nier le monde ou de le détruire, mais pas davantage de l’idéaliser ; il s’agit de le dénier, de le suspendre en le déniant, pour s’ouvrir à un idéal lui-même suspendu dans le phantasme. » C’est dans l’univers mystérieux de la forêt - qui lui est familier et appartient à son quotidien - que Julie Faure-Brac ancre les sources de son travail et qu’elle situe ses histoires de transmutation, là où ses êtres à la double identité incarnent à la fois Eros et Thanatos, le plaisir et la souffrance.



Valérie Da Costa

Texte de Gaël Charbau



Dessin avec le ventre



Au centre d’un paysage de collines hostiles, où les arbres semblent avoir été arraché comme de la mauvaise herbe, deux personnages debout, nus et à l’allure primitive. Entre eux, un arbre sans feuille dont les branches courtes se tordent dans un ciel transparent. De son tronc noueux coule un liquide blanc, que l’un des personnages accueille dans ses mains jointes. En dessous un marre est formée, elle baigne les individus jusqu’aux genoux. De part et d’autre, deux amoncellements de terre noire, de racines et de corps, coupés par les bords de la feuille. En attendant… 2006 (30X42cm) est à la fois inspiré d’En attendant Godot de Beckett, et d’une photo prise à Verdun en 1916 montrant deux soldats les pieds dans la boue.
Mais au fond, peu importe l’origine des dessins de Julie Faure-Brac, ils frappent d’abord l’imaginaire à la manière d’un fantasme, pour peu que l’on puisse ainsi reconnaître un fantasme : une scène, des personnages, une action, un affect dominant, et la présence symbolique d’une partie ou d’une fonction définie du corps. Ils sont presque toujours traversés d’insinuations érotiques (tour érigée bordée par de l’herbe – ou des poils, « cratère » remplit de liquide blanc, omniprésence d’orifices, de terre, de bouches, personnages qui urinent…

Dans Fissures, 2006, dont la composition relativement symétrique est comparable à En attendant…, deux personnages sont cette fois présentés de dos. Ils contemplent une source laiteuse qui longe les collines depuis la base d’un sapin jusqu’à un petit lac. Au premier plan, deux masses rocheuses nous séparent de la scène à la manière d’un rideau de théâtre. A mesure que je regarde ce dessin, je ne peux m’empêcher de comparer ces deux roches à deux « fragments » de cuisses, ouvertes, dont le centre (le sexe) serait en tension avec les personnages, le lac laiteux, la rivière, puis l’arbre plus loin. Dans cette hypothèse, il s’agirait d’un sexe de femme. Rien ne permet de le vérifier. Le dessin semble avoir été composé plan par plan, avec cette dimension suffisante laissée au hasard et à l’inconscient pour qu’apparaisse ce « monde-autre », cher à l’artiste, ce monde de projection que notre langage cherche à recoudre.

Le dessin, en particulier en noir et blanc, est certainement dans l’air, mais la pratique de Julie Faure-Brac est suffisamment inspirée pour passer au-dessus des tendances. Il s’agit d’un style de dessin quasiment sans ombre, souvent composé de petits traits immobiles, précis, à l’épaisseur uniforme. Dans les oeuvres avec « paysage » par exemple, ces petits traits occupent généralement l’espace comme le ferait une barbe de trois jours, poussant avec une obstinée régularité sur le support.
En ce qui concerne l’objet du travail, il est, me semble-t-il, exactement porté par la technique simple et épurée qu’utilise l’artiste : ce sont nos corps pleins de poils de cheveux et d’animalité que Julie Faure-Brac représente, notre trop-plein de corps, pas celui des magazines et des retouches, mais ce corps sauvage et fou, proche de l’animal, inscrit dans la nature, agissant avec la nature, fasciné par la nature, omniprésent même lorsqu’il n’est pas directement représenté.
Derrière l’apparente légèreté de la facture des images –on pense bien sûr au dessin d’illustration pour enfant, avec cette pointe de naïveté et de tendresse- c’est souvent une violence profane qui est en jeu. Julie Faure-Brac fouille les souches de récits fondateurs, qui croisent la figure de l’animal, de la sexualité, de la mort ou de la cruauté. Dans « les mangeurs de branches », par exemple, deux personnages pissent et pleurent en dévorant un arbre. On ne sait pas très bien si ils jouissent ou si ils souffrent.
Or c’est justement ce que l’artiste parvient le mieux à nous donner : le sentiment d’être témoin d’un culte dont les coutumes seraient intimement liées à la pratique du dessin lui-même, où les figures se plieraient non seulement à l’imaginaire et à la volonté de celle qui les crée,  mais aussi et surtout à la pulsion même du corps, bien réel, qui les dessine.

Gaël Charbau





Texte de François Quintin



Quelques mots sur une œuvre en devenir



J’imagine. Une salle noire. J’entre. Une image noire et blanche, format paysage, comme au cinéma. Des êtres à peine humains, trois ou quatre, dessinés au trait, se meuvent, indolents,  isolés, sur une île à peine plus grande que leurs gestes. Je m’approche. Les personnages s’animent de plus en plus, comme s’ils sentaient ma présence inopportune. Je suis saisi par la précision des mouvements, et la grâce des gestes. Très vite, les visages se déforment, les bras et les jambes sont pris de convulsions, les poils poussent, les sexes se métamorphosent, passant du féminin au masculin, ou inversement. Le bruit, les cris, les rythmes m’oppressent. Tout concourt à me faire fuir. L’œuvre me rejette. L’excitation montante des corps pris dans des tourments chamaniques attaque violemment les conventions sociales qui m’avaient pourtant amenées sereinement jusqu’à ce musée, viole ma bonne éducation urbaine, entache la représentation hédoniste et rassurante que je m’étais faite de ma sexualité.
Julie Faure-Brac est depuis longtemps attirée par ces rites de possession, cette proximité spectaculaire de l’extatique, du sacré et de la sauvagerie. Avec le danseur/chorégraphe Rachid Ouramdane, Julie Faure-Brac met en œuvre un vocabulaire grotesque de la démence, un inventaire improbable de la bestialité contenue ou réprimée qu’on aura crainte de reconnaître. Il y a dans ces Incantations la mise en crise des convenances, des barrières que la vie sociale impose arbitrairement, au nom d'une violence plus grande encore : les bonnes manières. Mais le désir à l’état brut est une matière hybride,  « transgenre » dirait-on. Le corps dans cette possession devient l’expression d’une scission. C’est le théâtre intime où l’épouvante et la jouissance se confondent, le lieu aussi du surgissement fragile de toute création. Georges Lapassade, philosophe, spécialiste des rites de possession, et membre fondateur du fameux Living Theater a dit à propos de la dissociation que la psychanalyse a tant cherché à traduire en terme de pathologie, qu’elle a été pour lui une ressource dans son travail d’ethnologie, mais aussi dans son esthétique du théâtre, et que « nous naissons dissociés [et] nous passons notre temps à construire et reconstruire notre identité. » Les Incantations de Julie Faure-Brac montrent un état de suspension, une île où des être sans identité sont la proie de cette mutation obsédante du corps par la grâce de notre seule présence, comme sous l'influence secrète de nos désirs muet.



François Quintin